Les stratégies de l’espéranto et la “Victoire finale”

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Comme vous le savez probablement déjà, l’espéranto est une langue internationale, neutre et qui n’appartient à aucun pays, donc à l’humanité dans son ensemble. Toutefois, au-delà de ses mérites vantés et des actions ponctuelles organisées par les espérantistes, vous vous demandez peut être où va ce mouvement en général et quels sont ses buts ? On pourrait dire qu’il y a autant de buts que d’espérantistes mais il y a quand même eu de grands courants ou manifestes qui ont ponctué l’histoire du mouvement.

Le projet de Zamenhof, l’auteur de la langue, était que celle-ci soit utilisée dans n’importe quel contexte international, dans l’objectif de rendre plus accessible la communication, peu importe la taille de l’institution. Est-ce que le mouvement porte encore le même projet et idéal qu’à l’origine ?

Ce but, que l’espéranto devienne la seconde langue commune pour la communication internationale, a un nom : la Fina Venko traduisible en la Victoire finale ou le Succès final.

Il est toutefois nécessaire de mentionner que ce terme est assez récent et informel. Son usage est généralement connoté, avec une touche humoristique voire même ironique. Quelques textes ponctuent l’histoire du mouvement espérantiste et de ces buts. On peut citer :

En 1905, lors du 1er Congrès Mondial d’Espéranto à Boulogne-sur-Mer, une déclaration a été rédigée afin de fixer 5 idées pour consolider l’avenir de l’espéranto : la Déclaration sur l’Espérantiste. En voici un résumé :

  • L’espérantisme, qui consiste à diffuser l’utilisation de la langue neutre dans le monde entier, pour qu’elle serve à l’intercompréhension de personnes de langues diverses.
  • Une langue internationale ne peut être qu’une langue construite et durable. Seul l’espéranto s’est montré adapté à ce contexte.
  • L’auteur de la langue, le Dr. Zamenhof, renonce à tout droit personnel vis-à-vis de la langue et la transmet au monde entier.
  • La seule base qui restera nécessaire pour tout espérantiste est le Fundamento de Esperanto.
  • On appelle « espérantiste » toute personne qui connaît et utilise l’espéranto, peu importe son but.

Tels sont les 5 grandes idées que le mouvement espéranto suivra à partir de 1905. Par la suite, le mouvement au fil des ans se posera des questions autour de son avenir sur les meilleures stratégies pour atteindre le succès final. Mais les détailler prendrait trop de temps. Nous allons donc avancer directement en 1980. Le mouvement, alors, s’approchait de son 1er siècle d’existence.

Alors fût présenté le manifeste de Rauma qui proposa une nouvelle stratégie. Ce manifeste trouve son nom dans la ville finlandaise de Rauma, où celui-ci à été présenté par un groupe de travail du 36e Congrès International de la Jeunesse. Il ne remet pas en cause fondamentalement les idéaux poursuivis par le mouvement mais critique l’actualité et la pertinence des buts initiaux, à la fin du XXe siècle. Les signataires du manifeste considéraient que, à l’époque, l’espéranto était une diaspora linguistique choisie. Toujours selon eux, il devrait en être ainsi pour la suite, sans forcément vouloir chercher à institutionnaliser son usage. Cette stratégie ne met pas particulièrement en avant le caractère militant de la communauté espérantiste.

En 1996, durant le 81e congrès mondial d’espéranto, est adopté le manifeste de Prague. Il répond au manifeste de Rauma en soulignant les rôles bienfaiteurs de l’espéranto dans des domaines divers. On peut citer : la démocratie, l’éducation transnationale, l’efficacité pédagogique, le plurilinguisme, l’émancipation humaine, les droits linguistiques et leur diversité

On peut résumer l’opposition du finvenkismo et du raumisme par ces visions divergentes :

  • Le raumisme se concentre sur le bénéfice interculturel actuel de l’espéranto plutôt que son potentiel théorique à grande échelle.
  • Le finvenkismo, quant-à-lui, se concentre sur le militantisme pour l’utilisation de l’espéranto à grande échelle dans des domaines où il peut être utile.

Si nous nous intéressons au finvenkismo, donc à l’utilisation de l’espéranto à plus grande échelle, nous pouvons ajouter qu’il n’a jamais été réellement trop tard pour s’y pencher. En effet, lors de l’essor de l’espéranto au XXe siècle, elle a dû subir les séparations des deux guerres mondiales, la tyrannie des dictatures et l’inondation de la culture américaine en Occident.

Néanmoins, malgré tout ces obstacles, la communauté espérantiste a su rester consistante et connectée et continue à se développer.

Alors pourquoi remettre à demain un projet humaniste de cette envergure ?

De plus, l’espéranto est un sujet particulièrement intéressant concernant la construction européenne. L’Union Européenne compte 24 langues officielles mais ces institutions passent quasi-exclusivement par l’Anglais, la langue maternelle d’une faible minorité de citoyens de l’Union. D’autant plus que le Brexit remet un peu plus en question sa légitimité.

Mais comment, nous, simples citoyens, pouvons nous proposer ce projet à une majorité qui n’a parfois même pas conscience des injustices linguistiques que traversent toutes les régions du monde (et parfois même leurs propres régions) ? 


Promotion de la langue par le « desubismo »

Il est fondamental de retenir ceci : avant que la population se fasse une opinion sur l’espéranto, il faut d’abord qu’elle sache exactement de quoi il s’agit. Ce que nous pouvons tous faire, c’est d’en parler à notre entourage. Que ce soit auprès de notre famille ou de nos amis, c’est toujours un premier pas.

  • Si votre position professionnelle le permet, vous pouvez également proposer de vous inspirer de cette langue pour vos projets. En effet, c’est une preuve d’ouverture sur le monde, et ça, c’est toujours bien vu.
  • Si vous travaillez dans l’éducation nationale, proposez la découverte de cette langue à votre établissement. D’après mon expérience personnelle, il y aura toujours des jeunes qui seront sensible à cette cause.
  • Si vous tenez un blog sur internet, parlez-en à votre communauté. C’est ce qu’ont déjà fait les youtubeurs Poisson Fécond et Linguisticae. Le simple fait d’en avoir parlé dans des vidéos a significativement mis en avant l’espéranto dans la francophonie.
  • Si vous êtes un militant politique, il n’est pas totalement exclu de mettre en avant l’espérantisme. Que vous soyez de gauche, de droite ou du centre, ça n’a pas d’importance. L’espéranto est apolitique, et c’est important de le rappeler.

Certains sauront qu’il existe un parti politique européen espérantiste. Mais celui-ci se concentre surtout sur la promotion de l’espéranto grâce aux avantages d’une campagne électorale.

Comme vous le voyez, il existe un grand nombre de moyens pour faire connaître l’espéranto avec nos propres moyens. Zamenhof, l’initiateur de l’espéranto, parlait du terme « desubismo ». Cela signifie « doctrine depuis en bas », c’est à dire par la volonté personnelle des individus.

Il parlait également d’un autre chemin, le « desuprismo », qui conceptualise la mise en place de l’espéranto par une volonté intergouvernementale. Ce terme, signifiant littéralement « doctrine depuis le haut », a été proposée par Zamenhof lors du Congrès Mondial d’Espéranto de 1910.

Par le “desuprismo”

Si nous voulons voir l’espéranto dans des instances officielles, l’intervention des dirigeants finira tôt ou tard par être nécessaire. Toutefois, ceux-ci ne sont généralement pas motivés par l’espérantisme. En écartant le sujet du nationalisme, il y a deux grandes raisons à cela :

  • La première, c’est qu’ils ne connaissent pas ou pas assez l’espéranto. 
  • La seconde, c’est qu’ils n’ont pas de pression politique à mettre en place l’usage de l’espéranto.

La réponse logique à cela, c’est de faire connaître l’espéranto à un maximum de personnes, jusqu’au jour où la communauté d’enthousiastes pour une seconde langue commune puisse capter l’attention de ceux qui ont le pouvoir de changer définitivement les choses.


Alors, que devrions-nous faire ?


C’est ainsi qu’en alliant la volonté individuelle et la volonté politique que nous pourrons amener l’espéranto à la victoire finale. En découvrant l’espéranto, vous verrez le monde sous un autre œil. En le faisant découvrir, vous participez à le changer. 

Ĝis la Fina Venko samideanoj!

sources :

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