«Le joueur d’échecs» en espéranto

Lundi 11 mars à 18h a été représentée la «Ŝaknovelo» d’après Stefan Zweig à la Salle des Fêtes de la Fourguette 28 Rue de Gironis, 31100 Toulouse

La «Ŝaknovelo» est la version espéranto du «Joueur d’échecs», (en allemand «Schachnovelle») que Stefan Zweig a écrit à la toute fin de sa vie et qui n’est parue qu’après son suicide en 1942 comme sa quasi-autobiographie «Le monde d’hier, mémoires d’un Européen». Ces deux ouvrages constituent, d’une certaine façon, l’héritage spirituel que laisse cet auteur de dimension internationale. Dans un discours intitulé «L’Unité Spirituelle du Monde» prononcée en français à Rio de Janeiro, il a clairement exposé qu’il se considérait comme européen plutôt qu’autrichien, juif ou viennois. Écrivain à succès, ses livres se vendaient en grande quantité en langue allemande et ont été traduits dans de nombreuses langues. Tout au long de sa vie il a beaucoup voyagé en Inde et vers les Amériques et surtout en Europe (France, Belgique, Italie, Royaume-Uni, URSS, etc.), où il a noué de grandes amitiés avec des écrivains, des éditeurs, des intellectuels et des artistes comme Romain Rolland, Émile Verhaeren, Maxime Gorki ou Sigmund Freud. Ayant grandi à Vienne, il s’est exilé en Angleterre au moment où les nazis ont pris le pouvoir, puis à New York et enfin au Brésil.

Cette présentation de la nouvelle de Stefan Zweig en espéranto est traduite de l’allemand, adaptée et interprétée par Arno Lagrange, comédien bilingue espéranto-français depuis 1975 dans différentes compagnies (TESPA, Krizalido, TTT).

Ce programme s’inscrit dans le cadre de SEMEO, la Semaine de l’Espéranto, organisée par le Centre Culturel Espéranto

Quelques photos de la première : Ŝaknovelo 2024-03-11

Synopsis

Alors que le narrateur s’embarque à New York sur un paquebot à destination de Rio de Janiero, un ami lui signale que le célèbre champion du monde d’échec Tchentovitz est à bord. Il lui fait le récit de la formidable ascension de ce jeune homme attardé, à l’esprit lent, qui en quelques années s’est hissé au sommet du monde des échecs.

Le narrateur, afin de faire connaissance avec cette personnalité hors du commun, pour attirer son attention, se met à jouer aux échecs d’abord avec sa femme puis avec McConnor un riche industriel impétueux et imbu de lui-même. Et en effet dès que McConnor apprend que Tchentovitz est à bord il fait le nécessaire pour organiser un tournoi avec lui contre un groupe de joueurs amateurs, quitte à s’acquitter des honoraires exorbitants qu’il exige.

Après une première défaite cuisante, le groupe d’amateurs est mal engagé dans une seconde partie lorsque survient un homme mystérieux qui par ses conseils et sa clairvoyance exceptionnelle conduit la partie vers un pat, c’est-à-dire à une fin de partie sans gagnant ni perdant. L’inconnu décline l’invitation qui lui est faite de disputer une partie en tête à tête contre Tchentovitz, affirmant qu’il n’en serait pas capable. Le groupe d’amateurs tient malgré tout à organiser un tournoi le lendemain.

Lorsque le narrateur porte cette invitation à l’inconnu, celui-ci accepte mais le prévient de ne pas se faire d’illusions sur ses capacités, car il n’a pas pratiqué les échecs depuis 25 ans. Prié d’expliquer ce paradoxe, l’inconnu fait le long récit qui explique son érudition exceptionnelle dans le jeu d’échec.

Il dirigeait une étude d’avocat qui se limitait au conseil et la gestion d’une grande abbaye et de membres de la famille impériale autrichienne. Lorsque l’Allemagne nazie s’est emparée de l’Autriche (l’Anschluss, le 13 février 1938) les SS l’ont capturé, lui le Dr B. afin de lui extorquer des informations sur les avoirs de l’abbaye et de la famille impériale. Ils le soumettent à un régime de privation sensorielle en l’incarcérant dans une chambre d’hôtel alternant isolement, convocations abruptes, attentes interminables et interrogatoires insidieux pendant des mois.

Un jour qu’il était contraint à une très longue attente dans l’antichambre de la salle d’interrogatoire, il remarque un livre dans la poche du pardessus d’un des SS. Il réussit à le voler et espère que ce livre arrivera à le distraire dans sa cellule. C’est d’abord une énorme déception lorsqu’il s’aperçoit que ce livre est un manuel d’échecs avec 150 parties de maîtres.

Au premier abord ce livre lui paraît incompréhensible. Il entreprend de le décoder et reconstitue les parties présentées dans ce recueil. Pendant des mois il répète ces parties jusqu’à les connaître par cœur, trouvant par là une échappatoire à la pression de la privation sensorielle. Mais il parvient à un point mort: il connaît si bien toutes les parties qu’il y perd goût.

Il entreprend alors de jouer des parties contre lui-même, se partageant en un joueur blanc et un joueur noir. Et il dispute des centaines, voire des milliers de parties de cette façon avec une rage croissante qui le conduit dans un état paroxystique, où son comportement inquiète son gardien. Il s’échappe et tente de briser un carreau à main nue. Blessé, hospitalisé, il passe ses premières nuits dans une sorte de fièvre cérébrale. La Gestapo lui intime alors de quitter le pays sous quinzaine.

Dr B prévient le narrateur qu’il ne jouera qu’une seule partie juste pour vérifier que les parties qu’il jouait contre lui-même étaient bien régulières. Enfin a lieu la partie mémorable qui oppose un parfait inconnu au célèbre champion du monde.

Les deux joueurs sont très contrastés: Tchentovitz reste figé comme un bloc, concentré à l’extrême tandis que Dr B est tout-à-fait détendu. La partie s’étire en longueur car Tchentovitz prend des temps de réflexion de plus en plus longs, jusqu’à ce qu’après avoir joué un coup, Dr B proclame triomphant que la partie est finie, contre toute évidence. Après une très longue réflexion Tchentovitz balaie toutes les figures du revers de la main: il renonce, il capitule pour ne pas être battu en public.

Ignorant les mises en garde du narrateur, Dr B accepte une revanche alors qu’il avait annoncé qu’il ne jouerait qu’une partie. Cette seconde partie traîne encore plus que la première, car Tchentovitz prend des temps de réflexion démesurés par malice, ce qui met Dr B hors de lui. Et il finit par annoncer «échec» bien que le roi de son adversaire ne soit pas du tout menacé. Dr B est parvenu à un état de confusion mentale où il rejouait dans sa tête une toute autre partie. Prenant conscience de sa bévue il se retire prestement laissant l’assistance frustrée et irritée.

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