Compte-rendu de la rencontre avec Albert Stalin Garrido

Le 29 mai 2021, EKC a organisé une rencontre en ligne avec Albert Stalin Garrido, espérantiste philippin, président de la Jeunesse Espérantiste Philippine (FEJ) et membre du bureau de TEJO. La rencontre a eu lieu sur Zoom et a réuni un peu plus d’une dizaine de participant.e.s. La première partie de la rencontre, qui a duré environ une heure, était principalement guidée par les jeunes volontaires du Centre Culturel Espéranto de Toulouse. Ensuite, les participant.e.s ont pu poser des questions à l’invité et discuter des différents thèmes abordés. 

Nous avons d’abord questionné Albert Stalin sur sa découverte de l’espéranto et son entrée dans le mouvement espérantiste. Nous avons appris que le mouvement espérantiste est relativement nouveau aux Philippines, et que l’association de Jeunes Espérantistes créée par Albert Stalin était l’une des premières aux Philippines. Albert Stalin semble assez optimiste quant au développement de l’espéranto aux Philippines et dans les pays d’Asie, bien qu’il ait mis l’accent sur l’insécurité linguistique dont souffrent beaucoup d’espérantistes de cette région du monde, qui communiquent le plus souvent entre ell.eux et n’osent pas toujours intégrer les milieux espérantistes européens.

Après cela, nous avons abordé la situation linguistique des Philippines dans son contexte post-colonial. Ce sujet fut au centre de la discussion avec les participant.e.s, majoritairement français.e.s, au lendemain de la censure de la Loi Molac permettant la valorisation des langues régionales par le Conseil Constitutionnel. Aux Philippines, l’anglais, langue des anciens colonisateurs, est aujourd’hui la langue administrative du pays, ainsi que la langue de l’enseignement. La domination linguistique de l’anglais, que les Philippin.e.s maîtrisent à divers degrés, ne suffit pourtant pas au pays à être reconnu comme anglophone, et de bénéficier complètement des avantages socio-économiques liés à ce statut . 

Au côté de l’anglais, le tagalog, langue associée à la région de la capitale du pays, est la seconde langue officielle des Philippines. Depuis plusieurs années, de nombreu.se.s philippin.e.s déménagent vers la capitale pour des raisons socio-économiques, et adoptent le tagalog comme langue de communication. Cela entraîne une perte importante de diversité linguistique à l’échelle du pays, puisque l’héritage linguistique n’est pas transmis d’une génération à l’autre. Les Philippines comptent environ 190 langues sur la totalité de leur territoire, dont 38 référencées sur le WALS (voir https://wals.info/languoid). En plus de fragiliser la pérennité de ces langues locales, la politique linguistique actuelle des Philippines a des effets très concrets sur la vie des citoyen.ne.s. Par exemple, au moment de la pandémie de COVID, Albert Stalin a participé à un programme visant à traduire dans le plus de langues locales possibles les recommandations sanitaires concernant le COVID-19 car celles-ci n’étaient pas accessibles à une partie de la population, souvent rurale et socio-économiquement précarisée. 

Finalement, cette rencontre fut une belle occasion d’échanger avec un espérantiste issu d’un pays et d’un milieu très différent du nôtre, et d’en apprendre davantage sur la situation politique et linguistique des Philippines. Nous continuerons à suivre Albert Stalin, car ce jeune espérantiste à l’avenir prometteur fera très certainement parler de lui dans les prochaines années ! 

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